Retour aux articles

Ambassadeur du coeur : Anne-Marie Santerre - mort subite

Je suis morte devant mes enfants…     

 

Au début du mois de septembre 2007, je suis de retour à la maison après l’accouchement de mon 4e enfant. Je ne me sens pas très bien, après une deuxième nuit où ma santé ne fait que se détériorer, je décide de me rendre à l’urgence. C’est très sérieux, j’ai de l’eau sur les poumons. La famille est fortement ébranlée... Suite à plusieurs examens, on m’apprend que j’ai fait un infarctus et que mon muscle cardiaque a subi des dommages. Je reçois donc un diagnostic de cardiomyopathie de grossesse accompagnée d’une médication à prendre au quotidien.

Huit ans plus tard…

Le lendemain d’un retour de vacances familiales dans un chalet, ma vie a basculé.... Ce matin du 12 août 2015, mon conjoint est parti tôt avec Zachary, le plus jeune, pour faire sa journée privilège seul avec papa. Je m’attable pour déjeuner, le journal sur la table, j’arrive avec mes rôties et mon café. Je m’assoie, je prends quelques gorgées et puis voilà! Une question de quelques secondes…5 tous au plus. Je ne fais que sentir la chute, mais pour moi ça se termine là. Je ne sens même pas la fin. Je n’entends plus rien, l’incident vient de se clore, mais pour mes enfants qui sont à mes côtés, le leur débute...

Au salon, mon fils Kévin est installé aux côtés de sa sœur Laurence. Ils ne sont qu’à 2 mètres de moi. Mais sans le savoir, Kévin lève les yeux et le voilà témoin de ma chute. Laurence entend le bruit, se lève et vient me voir accompagné de son frère… Maman!? Maman!? Laurence n’obtient pas de réponse, alors ses cris se font entendre. Alerté par sa sœur, Francis qui était au sous-sol arrive.

Ma petite puce ne peut s’empêcher de pleurer au travers de ses cris. Mais, mes grands garçons savent, que dans des moments d’urgence, l’important est de garder son calme le plus possible pour analyser la situation, trouver des solutions et avoir plus de chances de s’en sortir! Alors Kévin demande à sa sœur d’arrêter de pleurer et d’aller chercher le téléphone pour composer le 911. Pendant ce temps, mes deux grands décident de m’étendre au sol, puisque je suis toute affalée sur la chaise. Laurence arrive et retire la chaise sous moi, pour aider ses frères.

La répartitrice demande une série de questions et s’il savait faire les manœuvres de RCR. Il répond par l’affirmatif et elle lui redonne la marche à suivre par mesure de sécurité. Kévin remet le combiné à Francis pour pouvoir exécuter les manœuvres. Francis garde le contact et répond au questionnement de la dame.

Pendant ce temps, Laurence s’applique à m’essuyer la salive qui coule pour que je respire mieux. 5 minutes plus tard, 2 pompiers entrent avec leur trousse et prennent le relais. En confiance, Laurence cesse ses pleurs. Les enfants sont allés se réfugier ensemble dans l’escalier du hall d’entrée. Environ 2 minutes s’écoulent puis les ambulanciers font leur entrée. Votre mère a-t-elle des problèmes cardiaques? Oui. Prend-t-elle des médicaments? Oui. Les enfants s’affairent à aller chercher le tout pour les remettre aux ambulanciers. Tout défile à une vitesse vertigineuse!

Les policiers font leur arrivée et prennent en charge les enfants. Rapidement, un policier rejoint mon conjoint par téléphone pour l’informer de la situation. Un des agents accompagne les enfants à la salle de jeu au sous-sol pendant l’intervention, mais Kévin a eu le temps de voir les 4 intervenants autour de moi utiliser le défibrillateur...

Mon conjoint arrive avec Zachary, discute avec l’agent puis appelle Manon, une amie, pour qu’elle puisse prendre le relais jusqu’à l’arrivée de ma belle-mère qui demeure à l’extérieur. Stéphane va me rejoindre à l’hôpital. Je suis déjà en route… On fait un arrêt à l’hôpital le plus près, pour me stabiliser et puis je suis transférée à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec (IUCPQ). Je suis dans le coma.

Nous sommes pris en charge aux soins intensifs de façon exceptionnelle, autant en tant que patiente que pour mon conjoint qui m’accompagne.  Mme Denise, une infirmière dévouée, a su par ses paroles et ses gestes rassurer mon conjoint qui au départ n’était que désemparé devant l’ampleur de la situation. À la vue du professionnalisme de l’équipe qui s’affaire autour de nous, il sait que je suis au bon endroit et à la bonne place pour avoir toutes les chances de survie à cette épreuve.

 Il y a toute une équipe de professionnels qui défilent à mon chevet. Après une investigation approfondie, j’apprends que mon diagnostic précédent est erroné puisqu’ils ont découvert une malformation congénitale au cœur!!! ALCAPA, acronyme anglais pour une malformation cardiaque rare qui est définie par la naissance anormale de la coronaire gauche à partir de l’artère pulmonaire au lieu de naître de l’aorte. En d’autres termes, à la place d’envoyer du sang bien oxygéné dans mon organisme, mon cœur envoyait du sang souillé! Donc, après un entretien avec le Dr Paul Poirier, cardiologue, qui m’expose les faits, j’ai une décision à prendre : continuer à vivre ainsi, mais à tout moment, je peux à nouveau faire face à une mort subite, comme une épée de Damoclès au-dessus de la tête, ou l’autre option, la chirurgie corrective. Pour moi, ce choix n’a pas été difficile.  Malgré les risques d’une chirurgie importante, j’avais une totale confiance en ceux qui œuvrent au sein de l’Institut. Le plus difficile pour moi, ce n’était pas l’épreuve de la chirurgie, mais le fait d’être morte devant mes enfants! Je ne voulais pas risquer de répéter l’expérience! Alors, j’accepte la chirurgie et je reçois la visite du chirurgien Frédéric Jacques qui m’explique en quoi consiste l’intervention. Je suis opérée le 19 août 2015 à cœur ouvert et ce fût un succès, à notre plus grand bonheur.

Je dois tellement à toute cette formidable équipe, que je fais tout ce qui est en mon possible pour me remettre vite sur pied. Je dois travailler aussi fort qu’eux. Je m’entraîne au Pavillon de prévention des maladies cardiaques (PPMC) où je suis un programme de réadaptation accompagnée de kinésiologues ainsi que des conférences par des nutritionnistes.

Merci à une équipe dévouée qui nous ont tous accompagnés de façon différente moi et ma famille, tout au long de notre cheminement dans cette aventure. Nous avons constaté à quel point l’IUCPQ offre des soins d’excellence et une expertise incroyable. C’est pourquoi il est important de les soutenir en donnant à la Fondation IUCPQ. Merci de tout cœur! De toute ma famille et moi personnellement…


Pour regarder le témoignage vidéo d'anne-Marie, cliquez ici