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Ambassadeur du coeur : Pierre Dargis - Greffé cardiaque

 

 

Il est 17 h 20 jeudi le 17 août 2017 et Marie-Ève me demande en marquant une pause entre les deux volets de sa question :

« Et si je vous disais …qu’on a un cœur pour vous? »

Je suis sans voix, pantois, et peu à peu mon cerveau s’ébranle pour prendre le rythme de la grande aventure qui s’annonce.

Ce n’est pas ma première aventure dans le monde médical puisque déjà en 2009, j’ai fait un premier infarctus. En février, le jour de la Saint-Valentin. Un avertissement sérieux, mais je me suis pris en main et j’ai vite récupéré. En février 2010 (oui, encore en février), je fais un second infarctus mais cette fois c’est majeur et le cœur résiste péniblement. Je passe la Saint-Valentin aux soins intensifs. Vous comprendrez que depuis ce temps, j’aborde le mois de février avec une certaine appréhension. Je serai suivi par l’équipe de la clinique d’insuffisance cardiaque de l’IUCPQ. Il est déjà question de greffe, mais on verra.

L’insuffisance progresse malgré l’entraînement et les saines habitudes de vie. En février 2016 (quel mois tout de même), il est clair qu’il faut me préparer à une greffe éventuelle et passer la batterie de tests qui s’impose. La greffe n’est pas possible mais il serait préférable de m’opérer pour installer un dispositif d’assistance ventriculaire, un cœur mécanique. Je deviens mi-homme mi- machine, un Pierre 2.0. Je porte deux batteries et un petit ordinateur qui contrôle le fonctionnement de ma turbine. L’énergie revient et ma qualité de vie s’améliore grandement. Le cœur mécanique a corrigé la situation et je redeviens un candidat à la greffe.

Quelque part le malheur a frappé une famille. Ce jeune avait signé le don d’organe et avisé sa famille de sa décision. Voilà que, pour moi, l’espoir d’une vie meilleure s’annonce.

La greffe aura lieu le 18 août et ma vie a changé. Chaque battement de notre cœur me rappelle la générosité du geste de mon donneur et de sa famille.

Cet exploit remarquable qu’est la greffe cardiaque est possible grâce à l’équipe remarquable de l’IUCPQ. Médecins, infirmières, préposées, équipes d’entretien, et autres travailleurs et travailleuses de l’IUCPQ collaborent pour que les conditions nécessaires à la greffe soient optimales.

Et si je vous disais …

… simplement merci!

Non! Vraiment c’est nettement insuffisant. Ce serait passer sous silence vos gestes précis, compétents, aidants, votre professionnalisme.

… merci beaucoup!

Ridicule! Comme si ma reconnaissance était quantifiable, comme si elle avait une limite. Vraiment ce « beaucoup » est trop peu. Il néglige les sourires, votre main sur mon épaule, votre profonde humanité. Il ne parle pas de ce soir où j’ai fondu en larmes, déçu de mes fragiles premiers pas et que trois d’entre vous sont venus tour à tour me rassurer.

…. merci infiniment!

On y est presque mais un problème se pose quant à la durée et l’objet de la reconnaissance. L’infini est un concept difficile à apprivoiser dans la réalité, les greffés et les familles de donneurs savent bien que dans notre univers humain tout a une fin. De plus merci pour quoi?

… merci pour la vie!

Voilà on y est! Tout est dit. L’objet de reconnaissance c’est ma nouvelle vie et je la dois à mon donneur et à sa famille, au personnel soignant de l’IUCPQ. La durée sera aussi longue que ma vie.

J’ai un rendez-vous le 13 février (encore le mois du cœur) à l’IUCPQ mais je suis sans crainte, je fêterai la Saint-Valentin à cœur battant en pensant à mon donneur, à sa famille, à l’équipe de l’IUCPQ, envahi par un sentiment de profonde reconnaissance.